L’expérience de la marche

Marcher, explorer des paysages — la vidéo et la photographie se prêtent à l’expérience du cheminement. Elles transposent les impressions des lieux comme pour retrouver les sensations du voyage initial. Les vidéos et les images montrent des paysages enveloppants, un climat à partager. Cette intention se vérifie avant tout, à travers la vision subjective d’un promeneur ou une suite d’images par où, tous les regards peuvent s’engouffrer. Ainsi montré, le parcours dans l’image, suggère des déplacements et des arrêts successifs. Il comporte une succession d’instants ordinaires, s’inscrivant dans le temps d’un film ou l’espace d’une image. La transition, la déformation, le flou, la fluidité et le silence deviennent ainsi, les indices d’un cheminement.

Excepté les empreintes de mes pas, aucune trace de mon passage ne sera laissée. Il ne restera que des enregistrements, des souvenirs et des rêves. Cheminement et cueillette, suivant les lignes de reliefs — les paysages visités, filmés et photographiés, inscrivent des traces profondes dans ma mémoire.

Le sentier de montagne témoigne de l’histoire de ceux qui m’ont précédé. Il me fait franchir les mêmes obstacles, partager les mêmes expériences accumulées sur leur passage. Parsemé de constructions, d’abris ou de rares signalisations, il se façonne de traces humaines indicielles. Suivre les chemins, signifie aller avec d’autres hommes, et cette longue procession du présent me relie au passé. Après des heures et des jours, pratiquant les chemins d’altitude, je médite, oublie mon identité, devient un être vide parmi la multiplicité des autres, gravissant comme un bouquetin une pente rocailleuse, suivant une rivière comme un ours ou me laissant entrainer comme une branche au fil de l’eau. Proche de la vie sauvage, vivant au rythme des jours et des nuits, je retourne au fondamental. Mon corps se rappelle n’être qu’un rouage dans l’horlogerie du temps.

Le chemin ne joue plus un rôle seulement pratique, il incarne aussi la connaissance. En le fréquentant, je l’observe, le découvre, l’apprends, et l’invente. Les hasards rencontrés font germer dans mon esprit, des idées de séquences, de photographies, de dessins. Savoir où le chemin mène ou d’où il part, ne m’apporte rien. Il est plus important de découvrir ce qu’il m’offre à chaque instant, ou que ma marche et mon esprit soient en harmonie. Un sentier peut déboucher sur un cul-de-sac, mais je peux m’en retourner, bifurquer, faire un autre choix. Finalement, ma conscience du chemin devient d’autant plus forte. Elle retient mon attention, rappelle mon esprit vagabond, le replace dans la réalité du présent.